Planète
Xilvara
La super-Terre au méthane : une planète où l'on se branche avant de manger — sur la lumière, sur les champs électriques, sur les cristaux vivants du sol.

Xilvara est une super-Terre : une planète lourde, où la gravité pèse 1,32 g et où l’on marche comme si l’on portait quelqu’un sur le dos. L’atmosphère est riche en méthane et en gaz rares, la température moyenne tient les 14 °C, et le ciel y est traversé d’orages électriques d’une violence que les sondes araziennes ont d’abord prises pour des tirs.
Aucun peuple n’y a jamais bâti. Xilvara n’intéresse pas les empires : elle intéresse les naturalistes.
Une vie qui se branche au lieu de manger
Sur la plupart des mondes, la vie commence par une bouche. Sur Xilvara, elle commence par une prise. Toutes les espèces recensées tirent d’abord leur énergie de leur environnement — de la lumière de l’étoile, des champs électromagnétiques qui parcourent la planète, des minéraux du sol, des gaz de l’air. C’est le socle : personne, sur Xilvara, ne dépend entièrement de ce qu’il attrape.
Ce qui ne veut pas dire que rien ne chasse. Plusieurs espèces mangent — mais pour ce que la prise ne donne pas : les sels rares, les métaux, les composés qu’aucun champ ne fournit. Sur Xilvara, on se branche pour vivre et l’on chasse pour se compléter.
Les archivistes ont retenu sept espèces principales :
- Aerovorex fluctus, le planeur gazeux — 6 à 9 mètres d’envergure, il flotte grâce à des sacs d’hélium internes et filtre les micro-organismes en suspension dans les canyons flottants.
- Vorlithis crystallis, l’herbivore minéral — 3,20 m au garrot, il broute les minéraux des plaines cristallines. Sa carapace est faite de cristaux vivants qui réfractent la lumière, et il se déplace en absorbant les vibrations du sol.
- Nyxeris noctilux, le prédateur nocturne — 2,40 m de long, il devient presque invisible en absorbant la lumière ambiante des forêts luminescentes. Ses griffes injectent un gel paralysant.
- Heliorapis solaris, le chasseur diurne — 1,80 m de haut, il déploie un voile réfléchissant pour régler sa température dans les déserts solaires, et ses yeux filtrent les ultraviolets.
- Thalassidorum vortex, le filtreur abyssal — 7 à 12 m, il crée des tourbillons d’eau pour aspirer les nutriments des océans profonds et attire ses proies à la bioluminescence.
- Luminoceras pulsax, le communicant empathique — 2,10 m, omnivore des vallées brumeuses. Il parle par impulsions lumineuses et capte les émotions des autres espèces.
- Quorvus titanus, le charognard volant — 10 à 14 m d’envergure, sans une seule plume : ses membranes conductrices génèrent une électricité statique qui le fait planer. Son cri désoriente ses proies.
Les plaines cristallines
Une partie des sols de Xilvara ne sont pas des sols : ce sont des cristaux qui poussent. Ils affleurent en champs violets, croissent lentement, se cassent et repoussent, et la faune les broute comme ailleurs on broute l’herbe. Le Vorlithis en fait carrément son armure — la frontière entre la bête et le paysage n’est pas très nette sur cette planète.
Les orages et les canyons flottants
Les champs électriques de Xilvara sont fréquents et intenses, et toute la biologie locale s’en sert : pour planer, pour chasser, pour se parler. Au-dessus des canyons, là où l’air est le plus chargé, dérivent les grands planeurs gazeux, si lents qu’on les prend d’abord pour des nuages — jusqu’à ce que l’un d’eux passe devant l’étoile et qu’on voie ses filaments pendre sur trente mètres.
En dessous, les océans profonds sont remplis de nutriments bioluminescents : la nuit, l’eau de Xilvara éclaire mieux que son ciel.